Salar de Uyuni

 

Il y a quelques semaines, toute ma maison, La Casa Lopez, est partie en excursion au Salar de Uyuni. Le Salar – Désert de sel – de Uyuni est un des lieux les plus majestueux et célèbres de la Bolivie. C’est un passage obligé pour les touristes, qui pour la plupart continuent ensuite leur route direction San Pedro de Atacama, au Chili. En ce qui nous concerne, on restera dans la zone Bolivienne car nous n’avons que 5 jours pour y aller. Toutes nos ONGs nous ont donné trois jours de congés en plus du weekend end. Nous partons à 7 ; Lizzie, Nomi, Tim, John, Ally et Aidin sont de la partie.

L’équipe!

A nouveau, la route sera longue, environ 9 heures de bus au total pour atteindre notre premier objectif : la ville de Uyuni. C’est drôle comme je peux parfois être récalcitrante à faire quelques heures de route en Europe alors qu’ici je suis prête à faire sans problème un trajet de 10 heures en bus. Comme quoi, tout est une question de perspective..
On part à la mi-journée de Cochabamba et arrivons à Oruro, passage obligatoire pour Uyuni vers 18 heures. Oruro est une « petite » ville nichée à 3735 mètres d’altitudes. Son nom vient de Uru Uru, lui-même dérivé du peuple Uru qui y vécu pendant l’époque pré-incaïque. Ce fut pendant longtemps un très important centre minier, notamment pour l’exploitation de l’étain. La ville est aujourd’hui principalement célèbre pour son carnaval. Le deuxième bus part dans une heure alors on a juste le temps de trouver un petit endroit où manger. Malheureusement pour un de mes compagnons de voyage, ce repas lui coutera cher car il sera malade pendant les 5 heures de bus qu’ils nous restent. On le verra courir dans les fourrés plusieurs fois cette nuit-là…
1h du matin, on arrive finalement à Uyuni et trouvons vite une auberge de jeunesse pas cher. Il y fait très froid, 2 ou 3 degrés et on n’est pas très équipés. Tant pis, on est crevés et demain c’est le début de l’expédition.
On se lève aux aurores pour trouver une agence qui nous emmène au fameux désert. On réserve une excursion de 3 jours où tout est inclus. Une petite demi-heure d’attente et c’est parti ! On se serre dans un 4X4 avec Romer, notre chauffeur. On fera le voyage avec 3 autres françaises, toutes les 3 sages-femmes. Après quelques heures de routes nous voilà sur le Salar de Uyuni, le plus grand désert de sel du monde.

Repas sur le désert

Il y a 40 000 ans, s’étendait le lac Minchin. Aujourd’hui ces 10.500 km2 de sel à 3650 mètres d’altitude, nous laissent bouche bée. Rien à l’horizon, le ciel et le sel ne font plus qu’un. Une sensation très étrange nous envahit dans cet endroit hors du temps. On se croirait sur une autre planète. Tous autant que nous sommes avons beaucoup voyagé et avons vu des paysages incroyables et vécu des moments inimaginables mais celui-là est tout particulièrement exceptionnel. La réverbération du soleil est puissante et on doit s’appliquer de la crème solaire très souvent. Sans lunettes de soleil, on se brulerait les yeux. Nous arrivons près d’une île, une île de coraux qui a émergé lorsque les eaux se sont retirées il y a des milliers d’années. Des cactus y ont poussé, certains mesurent plus de 10 mètres de haut et ont 1200 ans.

L’île de cactus

Dans une caverne non loin, des momies vieilles de 3000 ans ont été découvertes. Cependant, cette merveille que nous avons devant les yeux est éphémère ; Le salar de Uyuni est aussi une des plus grande réserves de Lithium au monde (50 à 70% du lithium mondial).

Le lithium est un matériel utilisé dans les batteries, les ordinateurs, les téléphones portables et dans l’industrie pharmaceutique entre autre. C’est aujourd’hui une ressource stratégique et les ressources contenus dans le Salar sont équivalente à celle que possède l’Arabie Saoudite en pétrole.

L’or gris

Alors devinez quoi ? Des multinationales, pour la plupart chinoise, étatsuniennes et européennes ont commencé à l’exploiter mettant en péril tout un écosystème et une des merveilles naturelles de ce monde. Comment ne pas y penser quand on contemple l’immensité de ce désert ? Comment ne pas imaginer qu’on fait sans doute partie des derniers êtres humains à avoir la chance de le contempler ? Que les générations qui nous succèderont n’auront jamais la possibilité de vivre le moment sublime que nous vivons actuellement ?
En haut de cet île de coraux sortie de nulle part, je me sens nostalgique et en conflit avec ce monde. Je sais que mon continent et mon pays continuent de piller celui-là, des années après la colonisation. Je sais que je ne suis pas responsable de la politique de mon gouvernement. Mais je vis dans ce monde, je consomme beaucoup, comme la plupart des personnes vivant dans les pays du nord et si aujourd’hui le désert disparaît, ce n’est ni plus ni moins car nous ne cessons de nous acheter des téléphones, des ordinateurs, de les jeter puis dans racheter de nouveau sans nous poser la moindre question sur l’impact écologique que nous avons. Car oui, même à l’autre bout du monde, chacun de nos gestes a un impact et nous devrions toujours le garder un mémoire. Chaque décision que nous prenons se répercute sur quelqu’un ou quelque chose, quelque part.
Le coucher du soleil nous prend par surprise, la température descend subitement mais le spectacle est majestueux. Nous prenons la route pour l’endroit où nous devons dormir mais en arrivant, on nous annonce que c’est plein (oui, c’était pas une super idée de partir le week end de Pâques) et qu’il n’y a pas de place pour nous. Il est plus de 20h, nous sommes au milieu du désert, à plus de 3 heures d’Uyuni. Pas le choix, nous devons reprendre la route et rentrer à la ville. C’est aussi ça la Bolivie. On ronchonne un peu parce qu’on est fatigués et on a faim mais on se résigne. De toute façon, on ne peut pas faire grand-chose. Je m’inquiète un peu car nous sommes au beau milieu d’un désert, sans carte ni GPS et de nuit. Le guide m’assure qu’il « connaît » la route. Faisons lui confiance… Yallah, on remonte dans les 4X4. Le ciel est exceptionnel.  Le Salar est un observatoire très célèbre mais normalement réservé à un public d’élus (aucun touriste n’est censé être dans le Salar en pleine nuit). Je n’ai jamais vu autant d’étoiles et je me demande si j’en reverrai autant un jour. Aucune lumière artificielle ne vient troubler la beauté de ce ciel. On voit un point rouge à l’horizon, comme posé sur le sel. Le guide nous dit que c’est la lune. C’est ainsi qu’une petite troupe de 7 gringos a eu le privilège d’assister à un lever de pleine lune sur le plus grand désert de sel du monde. Les imprévus ça a du bon parfois !
Après une nuit courte et froide nous reprenons la route, cette fois en direction d’un parc national.

Attention aux lamas!

La Lagune rouge reste sans doute un de mes meilleurs souvenirs et un des lieux les plus beaux que j’aie eu l’occasion de voir. Une colonie de flamands roses nous regardent au loin. On se demande qui sont les touristes On restera dans un établissement juste à côté pour la nuit. Il y a de la place cette fois mais un groupe d’espagnols n’aura pas notre chance et les 12 personnes devront dormir dans une chambre de 3 avec pour joyeuse compagnie les tanks d’essence des 4X4.

La Lagune Rouge

Ce soir-là, nous mangerons dans une petite cabane, au bord de la lagune et nous jouerons toute la soirée avec un petit garçon qui aura laissé une trace profonde en moi. Je ne saurais expliquer pourquoi. Une énergie particulière.  On dort sous -10 degrés, sans chauffage. Je pense que j’ai rarement eu aussi froid. La nuit est courte car le lendemain on se réveille à 4 heures. Et oui, les levers de soleil n’attendent pas. Certains 4X4 ne redémarrent pas à cause du froid. On a de la chance avec le nôtre et arrivons à temps pour le lever du soleil.

Lever du soleil

Nous passerons ensuite déposer les françaises sur la frontière chilienne avant de rentrer pour Uyuni. Sur la route, un accident de 4X4 nous glace le sang, quand nous arrivons, les deux conducteurs sont morts dans leurs véhicules. La violence de l’accident nous laisse penseur pendant une bonne partie du trajet de retour. L’une de mes camarades à la typhoïde et on doit l’emmener dans une petite clinique au beau milieu du désert. Ils nous conseillent de rentrer au plus vite à Cochabamba pour la faire soigner. Le dimanche soir, nous prenons à nouveau nos deux bus qui nous ramèneront chez nous. Nous arrivons à 6 heures du matin, exténués comme jamais après plus de 20 heures de bus et 18 heures de 4X4 en 4 jours. A la fatigue se mêle également un étrange sentiment de bien-être et d’apaisement car tous nous savons que nous venons de vivre une expérience exceptionnelle, de celles qu’on ne vit qu’une fois.

Et pour conclure, voilà un petit texte que j’ai écrit juste après être rentrée ainsi qu’un joli poème anonyme :

Les photos ne rendent pas la beauté de ce qu’est le Salar de Uyuni. J’en ai vu des merveilles sur cette planète mais je crois que cet endroit dépasse l’entendement. Le ciel et la terre ne font plus qu’un, se perdent dans cette immensité blanche. Le désert vous capture l’âme, vous prend et vous emmène ailleurs, dans un autre monde. L’infini des paysages et leur beauté vous laissent sans voix, incapables de savoir qui vous êtes, où vous êtes. Quel cadeau incroyable que d’avoir la chance de découvrir les joyaux de notre Pacha Mama. Préservons-les, ils sont fragiles. Voyageur, si tu passes par ce beau pays qu’est la Bolivie, que tes pas t’emmènent jusqu’au Salar de Uyuni.

 

Agua y sal… nada más.
Un lugar donde hay dos mañanas, 
Dos ocasos que nacen y mueren, 
Un descomunal espejo, donde la realidad
Es una fantasía onírica 
Y el sueño es nuestro sublime paisaje 

Inmensidad que quiebra el alma 
Del extranjero embelesado, 
Soledad que merma recuerdos
Ajenos a este cielo sin tierra, 
Blancura que suprime al arco iris 
Y a su belleza…

Traduction.

De l’eau et du sel.. Rien de plus.
Un endroit où l’aube jaillit deux fois
Où deux crépuscules naissent et se meurent,
Un gigantesque miroir où la réalité
N’est que rêve et imagination,

Immensité qui rompt l’âme
De l’étranger fasciné
Solitude qui réduit les souvenirs
Etrangers à ce ciel sans terre
Blancheur qui fait disparaître l’arc en ciel et sa beauté.

Aidin et nos guides

 

Notre petit pote

 

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Potosi et Sucre

 

C’est compliqué de trouver le temps d’écrire des articles, je vis à 100 à l’heure et j’ai vraiment pas beaucoup le temps de me poser. J’ai voyagé tous les weekend end ce mois-ci et c’est ces voyages que je veux vous raconter.

Commençons par mon premier weekend end à Cochabamba. Après seulement quelques jours dans la maison, je fais la connaissance de Falco, un hollandais, qui me dit que certaines personnes prévoient d’aller passer un weekend end à Potosí, une ville minière du pays. Cette ville, je la connais bien pour l’avoir étudié à l’université et en avoir entendu parler à maintes reprises dans « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine » d’Eduardo Galeano, un livre que je recommande à tous, que vous vous intéressiez à ce continent ou pas. L’auteur s’intéresse à toute l’histoire de l’Amérique Latine, des civilisations précolombiennes en passant par la colonisation à nos jours et à la néo-colonisation qui dévore ces pays. De tout temps, ils ont été pillés, saccagés et on s’est enrichi avec leurs ressources naturelles. Oui oui, nous. Les espagnols ont été les principaux artisans de ce saccage mais ont très vite perdu tout ce qu’il avait gagné car ils ont été de mauvais négociateurs et toute leur richesse est partie dans le nord de l’Europe. Notre industrialisation se serait sans doute fait bien plus lentement sans l’argent généré par la colonisation de l’Amérique Latine.
Les espagnols arrivent au XVI siècle en Bolivie, encore vice-royauté du Pérou à l’époque, et découvre une quantité incroyable d’argent dans les mines de Potosí, qui sera fondée en 1545. C’est une des villes les plus hautes du monde, juchée à plus de 4000 mètres d’altitude. Les conditions de vie y sont rudes. Commence alors une exploitation sans nom où plus de 8 millions de personnes trouveront la mort entre 1545 et 1825. Des indiens, les Incas qui vivaient en Bolivie à cette époque, mais aussi des africains, qu’on acheminait par bateaux entiers. Ces derniers ne résistaient pas longtemps dans les mines, à 4000 mètres d’altitude et dans des conditions si différentes de celles de leur terre d’origine, leurs chances de survie étaient faibles. Et puis quand on se rend sur place, on se rend bien compte que ces mines ont été fabriquées pour des gens de petite taille et n’étaient pas du tout adaptées à la stature des africains. Les esclaves y travaillaient des mois durant sans voir la lumière du jour. On raconte qu’on leur bandait les yeux avant de sortir pour ne pas les rendre aveugle. Potosí fit pendant longtemps le prestige de la Bolivie, rapportant à la couronne espagnole environ 240 tonnes d’argent par an. C’est pendant longtemps la plus grand et la plus rentable ville du monde. Au XVII siècle, Potosí compte autant d’habitants que Paris.
Avec une histoire aussi terrible que passionnante comment ne pas avoir envie de se rendre sur les lieux et de renouer avec l’histoire ?
Après 11 heures dans un spacieux bus couchette, nous arrivons à Potosí.

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Potosí

On sent tout de suite l’altitude et les quelques degrés en moins que Cochabamba. Entre temps, j’avais appris que Yannick, mon ami français y serait en même temps et on a donc décidé de s’y rejoindre et de réserver la même auberge. En arrivant, pas de temps à perdre, direction les mines. J’ai longtemps hésité à m’y rendre. Il est parfois difficile de savoir si on n’est pas en train de franchir la frontière du voyeurisme, de ce tourisme glauque que l’on voit dans certains endroits. Je me lance, gardant toujours en tête mon analyse historique et actuelle des évènements. 15 000 mineurs travaillent encore aujourd’hui quotidiennement dans les mines et les conditions n’ont pas beaucoup changées, mis à part qu’ils travaillent dorénavant à leur compte et sont payés. Les conditions de sécurité sont toujours aussi déplorables, l’espérance de vie d’un mineur est de 45 ans, il y a des accidents mortels chaque semaine et des enfants de 14/15 ans y travaillent. Sur le chemin, on s’arrête acheter des feuilles de coca. L’altitude et le manque d’oxygène dans la mine risquent de nous faire du mal.

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Avec Yannick

On s’équipe, on boit une bière avec le guide ( ce qui était une très mauvaise idée car j’ai du aller faire pipi dans la mine…) et c’est parti ! Le plafond est très bas et mes camarades se cognent sans arrêt. Quant à moi, je n’ai jamais été aussi contente de faire 1m60. On s’enfonce dans la mine et l’air se raréfie. Il y fait  très chaud, 35 degrés par endroit et les mineurs nous disent que ça peut monter jusqu’à 60 dans certaines galeries. J’ai un peu de mal à respirer et la poussière n’aide pas. On passe 3 heures à arpenter les différentes galeries et tunnels et cela relève de la spéléologie. C’est très physique et fatiguant. Soudain, le guide nous dit qu’il va nous montrer comment faire exploser une dynamite. Quand on voit la tronche du plafond, soutenu par une poutre en bois branlante, c’est la dernière chose dont on a envie. Mais c’est trop tard, il l’allume déjà, à quelques centimètres de moi. Il nous somme d’aller nous cacher dans la galerie voisine. J’ai jamais couru aussi vite. Tout le monde se cache, le guide arrive. 5,4,3,2,1…BOOOM. Toute la mine tremble, l’intérieur de mon corps aussi. Certains crient. Ouuuf, on est vivants.  On passe ensuite dans la dernière galerie où nous attend un diable en argile. Les mineurs l’appellent « El tío » et il est censé les protéger. Ils lui font régulièrement des offrandes sous forme de feuilles de coca, d’alcool (à 96 degrés !!!) et de cigarettes. Plusieurs fois par an, ils sacrifient deux lamas et aspergent le tío de leur sang. C’est aussi un culte à la Pachamama. Dans la mine, pas de Dieu, pas de religion catholique. On croit en l’équilibre de la nature, en la dualité des forces (d’où le nombre de deux ; le ciel/la terre, le masculin/le féminin..). Et finalement… la lumière ! Je ne suis pas mécontente de sortir, je commençais à étouffer dans les entrailles de la terre.
L’après-midi, on part pour « el ojo del inca », uSAM_2514.JPGSAM_2518.JPGn lac thermal naturel au milieu de la montagne. Après 45 minutes de mini bus, on arrive au bord d’un chemin. On demande la route et on nous indique que c’est à 5 minutes en montant. 5 minutes boliviennes : 25 minutes pour nous. Après s’être perdus deux trois fois, on arrive enfin à destination. Un endroit magnifique, au cœur de la montagne où il n’y a personne d’autre que nous. L’eau est à 35 degrés, un régal ! Le paysage est splendide et on aura la chance de voir les dernières lueurs du jour se refléter au loin. Un moment de paix et d’amitié. Il se fait tard et nous devons redescendre. Nous décidons de couper et nous perdons à nouveau. Je suis en tête de file et pense enfin avoir retrouvé le chemin quand soudain je sens une odeur de brûlé et aperçoit un groupe d’indigène à quelques centaines de mètres. Pas moyen de faire demi-tour, tant pis, on y va ! En m’approchant, je m’aperçois qu’ils sont autour d’un feu et…que les femmes sont vêtues de noir. Des funérailles ! Trop tard, ils nous ont vu… On s’approche et on se rend compte que les hommes sont complètement bourrés. Ils nous racontent qu’un individu de leur communauté est mort et que selon leurs traditions, ils doivent brûler toutes les appartenances de cette personne pour que son âme parte en paix. Comment dans beaucoup d’endroit en Amérique Latine, la mort est un évènement qui se célèbre autant qu’il se pleure. On la célèbre et on fait la fête en l’honneur du disparu. C’est ainsi que un par un, en file indienne, on doit prendre un verre de Chicha, un alcool de mais fermenté, traditionnel de la Bolivie mais pas très goûtu et réputé très mauvais pour nos petits estomacs de blancs. Quand je vois la tête de la boisson je pense aussitôt à la diarrhée qu’on aura sans doute tous le lendemain mais pas le choix, on ne chipote pas avec les traditions ! Je l’avale cul sec et n’ai pas le temps de reposer le verre qu’il me fait boire le « whisky boliviano », 96 degrés. C’est parti. On y passe tous, rigole quelques minutes avec eux et poursuivons notre route, un brin éméchés. On arrive par chance à trouver un minibus qui nous ramène à Potosí avant la tombée de la nuit. Ce fut une longue journée qui a commencé à 6 heures du matin et se terminera à 1h du matin suivant autour de quelques coupes de vin et de jeux dont personne ne se souvient les noms.  Le lendemain, nous décidons d’aller à Sucre, la capitale du pays car ce n’est qu’à 3 heures de Potosí. Yannick ne sera pas de la partie, il part pour le Salar de Uyuni et connaît déjà Sucre. Deuxième séparation mais plein de promesses de se revoir en France ici ou là. Dans le bus, je me retrouve à côté d’un jeune homme que je confonds pour un latino au début mais qui ne parle pas un mot d’espagnol. On fait connaissance, il s’appelle Tuna, est allemand-syrien. On s’entend tout de suite bien et notre conversation vire sur la situation au moyen orient et la géopolitique. On ne voit pas passer les 4 heures (oui, l’heure bolivienne de plus..). On se sépare à Sucre mais on s’est échangés les numéros car dans quelques jours il sera de passage à Cochabamba et on lui fera visiter la ville. Encore une belle rencontre. On passe l’après-midi à Sucre, on monte au mirador d’où on a une jolie vue sur la ville. SAM_2580.JPGC’est une belle ville coloniale mais pleine de gringos (à comprendre « blancs »). On a pas trop l’habitude car à Cochabamba, les seuls gringos, c’est nous ! Il faut déjà repartir, on travaille tous le lendemain matin et 9 heures de bus nous attendent. Quand on arrive à la station pour réserver un bus couchette, ils nous disent que ça n’existe pas car il n’y a pas de route. Pas de route ?! Comment ça pas de route ? On prend donc un semi couchette et c’est parti. Les 20 premières minutes se font sans encombre. On s’engage ensuite dans un petit chemin de terre qui s’enfonce dans la montagne. Après 1 heures, on est au milieu de nulle part, sur un chemin minuscule, à côté d’un précipice. Et on apprend à faire confiance à la vie ( et au chauffeur !). Cependant, le beau ciel étoilé vaut toutes les routes du monde. Je m’endors paisiblement et me réveille à Cochabamba à 7 heures du matin. 7h ? « Pourquoi  a-t-on mis deux heures de plus ? » Je demande à mes camarades. Ils me montrent une photo. Le bus a crevé au milieu de la nuit et tout le monde est sorti à part cette petite tête qu’on voit collée contre la vitre. C’est moi, en train de baver joyeusement pendant mon sommeil de plomb. J’arrive donc bien reposée à Cochabamba et suis prête à commencer une nouvelle semaine de vie bolivienne.

 
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Yannick, Lizzie, Shaun, Falco, Tony and Joey

Mi primera semana en Cochabamba

 

Je suis donc arrivée à Cochabamba le dimanche soir et le lundi matin j’avais rendez-vous à la maison pour rencontrer Nicole, une australienne en charge de l’arrivée des volontaires dans les maisons. Sustainable Bolivia, c’est l’asso qui s’occupe de louer des maisons pour les volontaires. Ils en ont deux et il y a à peu près 10 personnes dans chaque. En ce qui me concerne, je vivrai à Casa Lopez, juste derrière l’université. Elle me fait visiter la maison qui me plaît tout de suite ; grand salon, espace extérieur avec tables de ping pong et canapé, cuisine immense avec étagères de nourriture partagée entre tous, compost et poubelles de recyclage.

 

Les quelques personnes que je croise ont l’air sympa. On part ensuite faire un tour de la ville. Etant arrivée la veille au soir, c’est ma première vraie découverte de Cochabamba, et je m’y sens bien immédiatement. Il y fait beau et chaud presque tout le temps, la ville est très verte, des parcs partout, les gens vivent dehors, s’assoient sur les bancs et profitent. Les vendeurs de rue sont partout, offrant fruits et légumes frais, jus pressés et toutes sortes de nourriture. C’est une ville dynamique, pleine de vie. Pas de touristes, on voit très rarement des blancs et ceux qu’on voit, en général c’est des copains de la maison. Après ça, elle m’annonce que j’ai l’après-midi de libre, parfait, je vais pouvoir retrouver Yannick. On va se promener dans le centre, lui, il est allé voir le « Cristo », le Christ, qui surplombe la ville de Cochabamba de ses 42 mètres le matin et s’est pris un bon coup de soleil sur la figure, il est tout brûlé. Sur la place principale, on observe les Boliviens assis sur les bancs et là on réalise quelque chose ; ils ne sont pas sur leurs téléphones.

Cocha by night

Ils en ont tous, bien sûr, mais ils ne sont pas en train de les utiliser. Ils sont là, assis, profitant du moment, observant les autres personnes ou discutant avec leur voisin de banc, qu’ils le connaissant ou non. On se met à regarder partout autour de nous ; personne avec un téléphone. Les gens sont connectés… à la réalité.  Et bien autant vous dire que c’est agréable et que le rapport aux autres change totalement. Nous même, voyageurs, utilisons très peu nos téléphones. On en a pas vraiment l’utilité, on a de toute façon pas internet et personne a appelé. Quand on veut se réunir, on se donne juste rendez-vous quelque part à une heure plus ou moins précise et on s’y rejoint. Personne ne fume non plus. Pas très étonnant pour moi après avoir connu le Mexique et la Colombie. En Amérique Latine il n’y a pas de culture de la cigarette, très peu de gens fument, ça choque même d’en voir fumer dans la rue. Je ne sais pas trop pourquoi, je sais juste qu’ils ont fait, il y a quelques années déjà, des campagnes anti-tabacs très efficaces. Ce n’est en tout cas pas un problème de budget (ici, c’est 20cts d’euros le paquet) mais de culture. On se fait un resto le soir avec Yannick, il partira le lendemain pour Sucre, la capitale, on est un peu tristes de se quitter car nous ne savons pas encore que nos chemins se recroiseront bientôt…
Le lendemain, premier jour de boulot ! Je ne travaille pas vraiment à Cochabamba m
ais dans une petite ville appelée Tiquipaya. Pour m’y rendre je dois marcher un peu depuis ma maison jusqu’à la route principale. De là, je prends un trufi.

Il y a plusieurs sortes de Trufi mais tous ceux qui portent le même numéro vont au même endroit. Le problème c’est qu’il n’y a aucun moyen de savoir quel trufi va où à moins d’apprendre les différents trajets par cœur ou de demander. Les trufis, on peut les héler n’importe où dans la rue et on descend quand on veut en disant « Voy a bajar » ( je vais descendre ici). Un trajet en trufi coûte 2 bolivianos (20 cts) et on peut être jusqu’à 16 personnes dedans (sans compter les enfants sur les genoux) Mon trufi à moi c’est le 120 et je mets à peu près une demi-heure pour arriver au travail (variable en fonction du nombre d’arrêts). Ensuite, je dois marcher une dizaines de minutes sur un chemin de terre avant d’arriver à mon ONG. La première fois que je mets les pieds à CECAM, je suis accueillie par un concert d’aboiements. J’entre et fais la connaissance de Rosio, qui sera ma responsable, des 6 chiots, 4 chiens et 5 chats qui seront mes futurs « collègues ». CECAM, Centre de formation et de conseil environnemental, travaille sur les thématiques environnementales et l’éducation à l’écologie.  Rosio me présente mes principales missions : la gestion de projets et la coordination des volontaires. Comme je parle anglais et espagnol, ce sera mon rôle de gérer les volontaires car beaucoup ne parle nt pas la langue ou très peu. En ce qui concerne les projets, nous en avons 4 principaux ; l’installation de toilettes sèches dans les communautés rurales qui n’ont pas de système d’évacuation, la distribution de cuisines solaires, la fabrication de vélo-machines qui produisent de l’électricité ou permet de réaliser des tâches de la vie quotidienne (laver le linge par exemple) et promouvoir l’utilisation du vélo à Cochabamba, ville la plus polluée du continent.

Le Patio de CECAM

En plus de ces projets, Rosio me fait savoir qu’elle travaille avec un groupe de femmes, les « criollitas » et que je pouvais participer. Ce sont 45 femmes pauvres des zones rurales qui se sont réunis pour monter un projet et le présenter à la mairie pour se le faire financer. Ces femmes sont femmes au foyer et gagnent un peu d’argent avec l’élevage de petits animaux. Le problème est que bien souvent les animaux s’échappent car elles n’ont pas les structures adaptés ou qu’ils meurent car elles ne savent pas toujours bien comment s’en occuper. La mairie a accepté de leur financer des enclos, à hauteur de 200 euros par personne et de leur acheter 50 animaux chacune pour qu’elles puissent créer une microentreprise de vente de viande. Le mois prochain, ma mission sera donc d’acheter 4000  animaux (poules, canards et cochons d’inde) et de les répartir chez ses femmes. Le projet se fera avec l’aide d’un vétérinaire qui leur expliquera les bases de l’élevage.

Nos bébés

Les bureaux de l’ONG se trouvent en fait dans la maison du directeur, Freddy, qui est en ce moment au Guatemala. Mais il a deux enfants, de 20 et 25 ans avec qui je partage mon quotidien, Ester et Ayner. Ils m’ont proposé de manger avec eux et Rosio tous les midis, ce que j’ai accepté. On cuisine tous ensemble et chacun fait la vaisselle à tour de rôle. Ils m’ont vraiment adopté comme un membre de leur famille et on discute de plein de choses à table. Ici beaucoup de gens sont catholiques et les autres croient en la Pacha Mama, la terre mère, croyance indigène.

Freddy et Rosio

Dans ma « famille » de CECAM, ils sont catholiques et c’est donc prière avec chaque repas. Je ne m’y attendais pas au début et ai failli commettre l’impaire de commencer à manger avant ! Depuis, je leur ai dit que j’étais agnostique et du coup, quand c’est mon tour de faire la prière (oui oui, je fais la prière tous les lundis), je les remercie eux au lieu de remercier dieu. C’est ma façon à moi de participer tout en restant honnête avec moi-même. A la fin de chaque repas, hors de question de sortir de table avant d’avoir dit « Merci » à chaque personne dans la pièce. Si je vous dit merci en rentrant, ne vous demandez pas pourquoi ! Le vendredi, j’ai ma première réunion pour le projet les Criollitas. Cela se déroulera à la mairie de Tiquipaya avec un conseiller municipal. J’arrive à 16h, heure de la réunion et…personne. J’ai encore oublié l’heure bolivienne !! A 16.30, elles arriveront toutes entassées dans les remorques de quelques jeeps. Installation, discutions animées et entrée de Mr le conseiller. C’est un politique du gouvernement Morales, sourire rayonnant, chemise blanche, que je trouve tout de suite trop prétentieux et condescendant. Il se présente en quelques mots et puis soudain…je ne comprends plus rien. C’est comme si le disque était rayé. Au bout de quelques secondes, je me rends compte qu’il parle en Quechua et que tout le monde le comprend…sauf la petite blanche. Heureusement, on me traduira tout par la suite. Un des aspects culturels surprenants et que j’ai, de mon côté, trouvé ça très bien qu’il leur parle dans leur langue maternelle.

Ma nouvelle bible

Les femmes du groupe cependant, on prit ça comme une offense, pensant qu’il ne les estimait pas capable de parler et comprendre l’espagnol (Beaucoup le comprennent mais ne le parle pas). La concentration dont j’ai du faire preuve pour déchiffrer trois mots m’a fatiguée et la journée n’est pas finie, ce soir je pars pour Potosí, charmante ville minière nichée à 4200 mètres d’altitude…

Bolivie, voyage en terres Quechuas

Arrivée à La Paz

Les au-revoirs furent difficiles. Partir n’est jamais une décision facile à prendre et on ne sait jamais ce qu’on retrouvera à notre retour. Mais l’excitation est là, cette envie impérieuse de reprendre la route qui chaque fois me guide et me donne le courage de me lancer dans de nouvelles aventures. Bondir dans l’inconnu, faire sauter tous ses repères, sortir de sa zone de confort. Des émotions décuplés, des incertitudes, des doutes, on vit intensément.

C’est ainsi que commença un long voyage vers une terre encore inconnue, la Bolivie. Pays fantasmé, sources d’innombrables histoires, croyances et traditions. Pays hors du temps, parmi les derniers résistants au grand capitalisme et à l’uniformisation de notre monde. Ce peuple se bat au quotidien pour une vie meilleure et plus de respect de leur terre-mère, la Pacha Mama. 65% de la population est indigène, son président Evo Morales, l’est aussi. En arrivant au pouvoir, il a fait reconnaître les droits des populations indigènes, inscrit l’éducation bilingue et la reconnaissance de la justice indigène dans la constitution, traduite dans les 37 langues que compte le pays. Il a nationalisé le pétrole, viré les multinationales qui s’appropriait leurs ressources, jeté McDonald du pays à grand coups de pieds aux fesses, instauré le gaz et l’eau courante dans les quartiers les plus pauvres, mené une campagne d’alphabétisation grandiose, rompu les relations diplomatiques avec Israël.
Si je vous raconte cela, c’est que j’arrive à un moment crucial de l’histoire de la Bolivie. Evo Morales en est à son troisième mandat et souhaitait en briguer un quatrième. Le dimanche avant mon arrivée, un référendum a été organisé pour demander l’avis du peuple. Les résultats sont tombés le jour de mon arrivée ; le peuple a voté non, place au changement ! Bien sûr, ce résultat ne ravit pas tout le monde et il y a eu des manifestations. Les grandes villes ont voté non, les régions pauvres du pays, oui. Mais le peuple souverain a décidé. L’avenir de la Bolivie se joue à présent. Pour l’instant dans le parti de Evo (c’est ainsi qu’ils l’appellent), personne n’est susceptible de le remplacer. De l’autre côté ce sont les néo-libéraux qui mangent le pain des états unis. Voyons donc comment les choses évoluent dans les prochains mois…


EVO MORALES

Après un long voyage en bus et en avion, deux escales et une bonne dose de fatigue, j’atteins enfin la terre promise. La Paz – La Paix en français -, ville culminant à plus de 3800m d’altitude, émergeant dans les nuages. Bruyante, comme toutes les villes d’Amérique Latine, elle pullule de monde, d’animaux, de voitures dans tous les sens qui ne cessent de klaxonner. C’est une ville très polluée, une pollution qui vous prend à la gorge dès que vous mettez le pied dehors. Les odeurs des rues sont aussi typiques d’Amérique Latine ; friture, viande grillée, poisson, fruits et légumes..
C’est une ville qui vit à 100 à l’heure et où il faut développer un 6ème sens pour ne pas se faire écraser. Heureusement, pour mon premier jour je suis accompagnée de mon nouvel ami uruguayen…Pétain ! Oui, moi aussi j’ai ri quand il me l’a dit…
On s’est rencontrés dans l’avion qui allait de Miami à La Paz, c’était mon voisin de siège. Pétain vit au Canada depuis 30 ans maintenant et est responsable…dans une ONG ! Autant vous dire que la conversation a été bon train pendant tout le trajet. A notre arrivée à La Paz, on a pris le taxi ensemble pour descendre au centre et décidé de se revoir l’après-midi afin qu’il me fasse visiter la ville.  Il y a vécu deux ans, la connaît par cœur et sait beaucoup de choses de la culture bolivienne, pays qu’il visite très régulièrement. J’ai appris plus en une après-midi qu’en lisant le routard…comme souvent !

Le soir il y a un orage impressionnant (et oui, on est quand même en saison des pluies) et Pétain m’invite dans son restaurant préféré. Me voilà donc en train de manger une fondue au fromage et au kirsh dans un restaurant suisse à 4000 mètres d’altitudes au pays des lamas. La vie réserve parfois bien des surprises…
Ici, en plus du pain, elle se mange avec des petites pommes de terre, ingrédient sacré des incas. Il en existe plus de 5000 variétés et représente la principale source d’alimentation des Boliviens.
Cette belle soirée se finit donc et avec Pétain, on se promet de se revoir un jour, en Bolivie, au Canada ou en France car il aimerait enseigner à l’Institut Bioforce de Lyon. Pourquoi pas travailler un jour ensemble…

Après une nuit de sommeil plus que nécessaire en compagnie de mes 19 camarades de chambrée, je vais déjeuner au restaurant de l’auberge. C’est là que je rencontre deux argentins et un chilien, tous les trois très sympas. Nos premières minutes de conversations marquent les prémices d’une complicité nouvelle et d’aventures inattendues.  Le midi, je pars manger sur le marché avec Carol, le chilien. Entrée, plat et boisson pour…10 bolivianos soit 1.20 euros. J’aime déjà ce pays. (J’avoue avoir eu peur pour mon estomac mais celui-ci a remarquablement résisté à la nourriture de la rue !)
L’après midi, on retrouve nos copains argentins et on décide de monter en téléférique au Marché de El Alto, 4100 mètres ! Quelle expérience incroyable que de voir une des plus hautes villes du monde depuis…les hauteurs !!
Arrivés au marché, nous sommes surpris par la pluie (et oui, encore !) mais l’expérience est sympa, on y vend vraiment tout et n’importe quoi. Ici, les murs sont criblés du fameux « NO » au référendum, la couleur est donnée !

 

 

 

 

 

 

 

 

Le soir, nous retournons à l’auberge et faisons la connaissance de nouveaux argentins et d’un français que tout le monde surnommera « french », Yannick. Après un repas tous ensemble, le ton est donné, place à l’aventure ! Le lendemain, nous partirons pour Coroico, dans les Yungas, là où se trouve la fameuse route de la mort. On prévoit de partir vers 10 heures le lendemain matin et nous serons 9 !

Ce qu’on apprend très vite en Amérique Latine, c’est que le temps, c’est très subjectif. 10h du matin, pour des latinos, c’est du 12h/13h. Autant vous dire que « french » et moi, on devenait fous ! Mais vu qu’on les aimait bien quand même et qu’on voulait pas les abandonner, on les a attendus. 3 heures après, tout le monde avait déjeuné, était douché et prêt à partir…enfin !
C’est un long périple en minibus qui nous attend de pas moins de 3 heures, avec un changement et serrés comme des sardines. Le chemin pour aller à Coroico est, comment dire, très aléatoire. Parfois il y a une route, parfois pas. Parfois on
s’embourbe, parfois ça passe. Parfois on croit que c’est un chemin une voie, mais en fait non. On se demande presque si c’est pas celle-là la route de la mort.
On apprend à faire confiance à son chauffeur et en général, on arrive à bon port. Ce fut notre cas.

 

Route à double sens…

Nous voilà donc débarqués dans ce petit village au-dessus des nuages. Il y fait chaud et humide, rien à voir avec La Paz. Après avoir visité toutes les auberges du coin, on en trouve une qui nous convient, à 25 bolivianos, 3 euros la nuit. A ce prix là, pas de papier dans les toilettes et quelques poils douteux dans la douche mais ça fera l’affaire. Le soir, on boit des bières sur la place du village, en face de l’église, qui célèbre la messe de 8 heures (et qui est bondée de monde). Joli moment de partage et d’amitié. Nous nous lançons ensuite dans une balade nocturne avant de finir dans une petite boite de nuit, trouvée au hasard. On est les seuls blancs et c’est assez drôle de voir comment les boliviens font la fête.

Le stade dans les nuages

Ça monte et ça descend…

Le lendemain matin, on prévoit une rando à 9h. Devinez à quelle heure on est partis ?? Oui oui, 11 heures ! Marcos, un argentin et moi, on en a marre d’attendre alors on part déjeuner tous les deux. Ce sera un sandwich à l’œuf et un café pour 50 centimes d’euros ! C’est meilleur que ce que vous imaginez. Après ça, on s’installe sur la place du village. Un des nombreux chiens errants s’approche de moi, se couche et me serre les jambes entre ses pattes. Je l’appelle Alfonso, ce sera notre nouvelle mascotte et il nous suivra sans relâche toute la journée. Quand tout le monde est prêt, yallah, on y va ! Sublimes paysages, petits villages perchés au milieu de nulle part et des gens souriants. Nous arrivons vers les cascades, elles sont magnifiques et rafraîchissantes.

On fait nos touristes, photos, selfies, photos de groupe, tout y passe. Le retour se fera dans la bonne humeur, en chantant et riant, Alfonso toujours à nos côtés. On était sensés partir vers 15h mais bon, j’ai déjà arrêté d’essayer de m’organiser avec eux. Je lâche prise et ne cherche plus à tout planifier, tant pis si j’arrive à Cochabamba avec un jour de retard, je vais y passer 5 mois ! Du coup, on se fait un petit foot, à 4000m d’altitude équipe franco-argentine contre équipe bolivienne. 5-2 pour nous, ce match restera mémorable, même Alfonso aura joué! On rentre tous à La Paz (toujours en essayant de croire très fort en les capacités du chauffeur) et décidons d’y repasser une nuit ensemble, on s’entend si bien ! Bières, jeux de fléchettes, discussions philosophiques, on a du mal à aller se coucher, on sait que ce sont les derniers instants passés ensemble. Le lendemain matin, déjeuner commun et vient déjà le temps des adieux. Avec Yannick, on prend la route pour Cochabamba alors que les autres montent vers le Pérou. Pincement au cœur, on espère se revoir un jour. On s’invite en France, en Argentine, au Chili ou où qu’on soit ailleurs dans le monde. Bonne route amigos…
Avec Yannick, on se pointe à la station de bus vers 10h, une petite nana nous dit qu’il y a un bus qui part tout de suite vers Cochabamba et nous le fait à 20 bolivianos (2,5 euros). Bien sûr, celui-ci ne partira qu’à  10h45. Le bus est plutôt confortable mais on se demande où est passé le moteur. C’est tout juste si on se fait pas doubler par des charrettes.  Le chauffeur s’arrête où bon lui semble, fait monter des gens, va déjeuner. La police arrête notre véhicule, apparemment quelqu’un aurait des tissus illégaux… on en saura pas plus, la police confisque et on repart. Un mec monte en cours de route pour nous parler de Jésus et nous vendre une crème miraculeuse. Avec Yannick, on décide de faire semblant de dormir. Sur le trajet, on discute beaucoup, il me raconte qu’il est responsable sur le tour de France et que l’année dernière, à Besançon, il a pris la cuite de sa vie dans un bar qui s’appelle.. le Madigans. Il aurait même montré ses fesses à la serveuse. Fanny ? Le mystère reste entier. Son anecdote me rappelle à quelque point ce monde est à la fois immense et minuscule. Après 9 longues heures de voyage nous arrivons enfin à celle qui sera ma future ville, Cochabamba, la plaine d’eau en Quechua…

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Un grand match!

Une expérience unique..

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A nouveau, je rentre de voyage. Cette passion qui toujours m’attire, me défie, m’appelle. Le besoin que je ressens de voyager est pressant, incontrôlable. Peu de gens peuvent comprendre, à quel point cela fait partie de moi, à quel point j’en ai besoin. Je ne sais pas si je suis heureuse, mais ce qui est sûr c’est que je ne pourrais pas l’être si je ne voyageais pas. C’est une envie viscérale et insatiable. J’ai besoin de savoir, de comprendre –ou en tout cas d’essayer- ce monde dans lequel je vis, ces gens avec qui je partage ma planète. Qui sont mes voisins ? Quelles sont leurs coutumes ? Leur vision du monde ?

Peut-être aussi que je voyage pour me rassurer. Pour voir qu’il n’existe pas que haine et méfiance entre les hommes. Mais que la solidarité, la fraternité sont des valeurs qui existent elles aussi. Ce monde me fait peur. J’ai peur pour moi mais aussi et surtout pour ceux qui viennent, pour tous ces enfants dont je m’occupe. A quoi va ressembler leur monde, leur futur ? Comment faire pour qu’ils ne s’y noient pas ? J’ai peur qu’ils vivent dans un monde toujours plus inégal, un monde où toujours plus de personnes meurent de faim pour que les autres se fassent plaisir, un monde où encore plus d’hommes et de femmes seraient exploités pour qu’une minorité fasse du profit, un monde où les individus ne s’indigneraient plus, où l’on se serait habitué à la misère et à l’injustice.
Je pense faire partie d’une génération qui s’indigne, qui commence à se réveiller, à ouvrir les yeux. J’ai espoir que nous changions les choses, que nous nous révoltions. Il est grand temps de faire quelque chose, nous ne pouvons plus rester passifs à observer le monde se désintégrer autour de nous.

Je voyage pour apprendre, apprendre des autres. Je pense que c’est d’eux qu’on apprend le plus. C’est pour ça que j’ai étudié les langues. Pour pouvoir communiquer, échanger. Et jusqu’à présent, je pense que c’est l’un des meilleurs choix que j’aie fait.

Ce voyage en Colombie m’a beaucoup appris et m’a conforté dans l’idée que nous devons à tout prix réagir et changer les choses. Et c’est dans les yeux d’un Indien Kogui, de la Sierra Nevada de Santa Marta que j’ai puisé cette certitude.

Laura et moi sommes parties faire une randonnée au cœur de la Sierra. Ce fut difficile mais extrêmement riche. Nous étions 7 ; deux suisses, deux australiens, un canadien et nous. Deux guides nous accompagnaient, Nicolás et Arghenith. L’expérience que nous avons vécue est exceptionnelle, en dehors du temps. 6 jours sans électricité (Adieu téléphone portable et ordinateur, Oh ! que vous ne m’aviez pas manqué), à vivre au rythme du soleil, se réveillant à l’aube et se couchant avec les dernières lueurs du jour, à exiger de notre corps des efforts auxquels il n’est pas habitué mais qui lui font tant de bien, à manger des aliments naturels et locaux, à être au contact des populations indigènes. Les Koguis sont particuliers. D’un point de vue extérieur, on dirait qu’ils s’enferment dans un certain mutisme. Ils ne laissent transparaître aucune expression, passent des heures immobiles à mâcher de la coca en vous observant d’un regard perçant. C’en est presque dérangeant, perturbant. Ce n’est ni un regard de curiosité, ni un regard amical. Mais il n’y a aucune animosité pour autant. On dirait juste qu’ils vous scrutent, vous analysent, décortiquent tous vos faits et gestes pour savoir qui vous êtes. C’est compliqué d’entrer en contact avec un Kogui. Il s’approche de vous, mais jamais trop près. Et en aucun cas il ne démarrera une conversation. Les enfants, eux, sont plus curieux et nous avons réussi à sympathiser avec trois fillettes dans un des campements. Elles passaient de longues minutes à nous observer, émerveillées lorsque nous nous coiffions ( bien que « coiffer » soit un grand mot au cœur de la jungle ). Cependant, nous avons eu la possibilité, grâce à nos guides, d’en rencontrer et même d’échanger avec eux.

Mes compagnons ne parlant pas français j’ai, dès le premier jour, été chargée de la traduction de l’espagnol vers l’anglais. C’est ainsi qu’au milieu de notre aventure, j’ai eu le grand privilège d’avoir à traduire, deux heures durant, les paroles d’un haut représentant Kogui. J’ai eu, ce soir-là, la vibrante sensation que tout ce que j’avais fait jusqu’à maintenant m’avait permis d’arriver à ce moment précis. Au cœur de la Sierra, cet Indien me fixant des yeux à la lueur de la bougie, charger de transmettre un message que je savais d’une importance capitale. Transmettre, un mot très important dans ma vie, fil conducteur de toutes mes expériences.

J’étais donc là, impressionnée par cet homme mastiquant les traditionnelles feuilles de coca et par l’immense devoir qui m’était confié. Il est drôle de penser que j’ai totalement oublié le nom de cet homme (peut-être même ne l’ai-je jamais su) mais que je n’oublierai jamais sa présence, son énergie et ce qu’il m’a transmis ce jour-là, non seulement à travers ses mots, mais aussi dans ce regard, si perçant.

Il a commencé à parler. A nous raconter la vie de son peuple, à nous faire partager sa culture, ses croyances et ses inquiétudes.

Les communautés fonctionnent de manière très précise et suivent le même fonctionnement depuis la nuit des temps. Le chef spirituel, le mamo, est l’homme le plus respecté et décide des unions entre les Koguis mais aussi des noms des enfants qui naîtront dans la communauté. Il est choisi enfant pour être formé 18 ans durant dans la montagne, ayant pour seul contact le mamo plus ancien et la femme de celui-ci. Il ne retrouvera sa communauté qu’aux termes de cette formation. Là-bas, il étudiera les astres, l’écologie, la topographie, l’anatomie, la médecine mais aussi et surtout comment entrer en contact avec les esprits. Les Koguis croient qu’il existe un dieu du soleil, Seiyankua, et la terre mère (haba), un peu comme la Pacha Mama des Quechuas du Pérou. Pour eux, nous formons partie d’un ensemble comprenant les animaux, les plantes, les êtres humains et bien sûr, la nature. La Sierra Nevada, avec ses deux pics, représenterait la connexion entre le soleil et la terre et serait donc le cœur de l’univers et le poumon du monde, lieu sacré d’où il est possible d’entrer en contact avec les esprits et le monde spirituel en général (Aluna). Ainsi, les Koguis respectent n’importe quel être vivant. Si l’on veut partir à la chasse, il est nécessaire de demander la « permission » au Mamo, qui dira si oui ou non l’esprit de l’animal peut être chassé. Il faudra alors faire des offrandes afin de remercier l’animal pour son existence, qui aura contribué à la survie d’une autre espèce, l’espèce humaine. Le même rituel s’appliquera si l’on désire couper un arbre. Tous ces rituels servent à maintenir l’équilibre, la balance, qui est au cœur des préoccupations des Koguis. Si la balance se rompt, alors une catastrophe surviendra.

Nous, les hommes blancs, ils nous appellent les petits frères. Surnom affectueux et péjoratif à la fois. Nous sommes ce petit frère, inconscient et un peu fou, pas totalement éveillé et qui ne sait pas très bien ce qu’il fait. Mais nous sommes le petit frère qu’ils doivent protéger, sur lequel ils ont été chargés de veiller. Ils pensent que nous faisons n’importe quoi, que nous ne comprenons plus rien à la planète sur laquelle nous vivons, que nous avons perdu nos connexions avec le monde, avec les autres espèces et que nous courrons droit à notre propre perdition. Les petits frères ont été rendu fous par l’argent, le profit, la technologie. Les petits frères ont perdu les vraies valeurs et se sont perdus eux-mêmes. Selon les Koguis, toutes les nouvelles maladies que nous connaissons aujourd’hui, les catastrophes naturelles et les drames qui nous touchent sont dus au fait que nous avons rompu l’équilibre, nous avons cassé la balance. La terre mère se venge alors. Si l’on ne rétablit pas l’équilibre, il sera trop tard. Et pas seulement pour les petits frères, aussi pour les Indiens. Car tous, nous partageons la même planète. Les petits frères ont déjà causé beaucoup de dégâts dans la Sierra, saccageant les lieux sacrés, pillant les tombes des ancêtres, volant les offrandes en or représentant le Dieu du soleil. Et puis ils sont venus avec leurs drogues. Ont planté la plante sacrée des Koguis, la coca, mais l’ont transformé. Ils en ont fait une poudre blanche qui a conduit à la destruction de tout un pays. Alors, le gouvernement colombien a décidé qu’il fallait faire quelque chose et a décidé d’enfumer la Sierra avec leurs pesticides pour détruire les plantations. Mais les Indiens aussi ont été enfumés. Leurs plantations ont été détruites, leurs nouveau-nés sont morts, ils ont été empoisonnés. Les poissons ne pouvaient plus être pêchés et on ne savait plus s’ il était bon de manger l’animal chassé dans la Sierra. Les Koguis ont toujours mâché la coca. Mélanger à une poudre de coquilles d’escargots, ils la mettent entre les lèvres et les dents pour qu’elle se mélange à la salive. La coca leur permet de résister à l’altitude, de grimper plus facilement la montagne mais aussi et surtout d’entrer en connexion avec les esprits. Après l’avoir mâché, ils la frottent sur le poporo, un objet fait d’une coque de fruits symbolisant le féminin et d’un petit bâton, symbolisant le masculin. La salive mélangée à la coca forme une substance jaunâtre qui se colle au fur et à mesure qu’ils frottent le bâton sur la coque. Cette substance durcit et forme une sorte de boule jaune qui symbolise la sagesse et le savoir. Chez les Koguis, plus on mâche de coca plus on est sage et érudit.
Alors le gouvernement colombien a décidé de faire une exception et de les laisser planter leur coca en paix.

C’est une petite victoire pour ce peuple des montagnes qui a déjà souffert tant d’injustices et de pillages. Il leur reste maintenant à protéger leur terre sacrée, la Sierra Nevada, le cœur de l’univers. Mais pour la protéger, ils ont besoin des petits frères, besoin qu’ils arrêtent de tout détruire et saccager, besoin qu’ils comprennent enfin qu’il faut respecter l’équilibre. C’est pour ça qu’ils ont ouvert leur montagne. Qu’ils nous ont laissé monter chez eux, dans la Sierra. Pour que nous sachions. Pour que nous puissions plus dire que nous ne savions pas. Pour que nous voyions l’impact que l’on a, nous, petits frères du bout du monde. Et dans ce regard qu’il m’offrait, si noble et si digne, se mêlait une demande urgente, pressante. Il me demandait de diffuser cet appel, de m’en faire le messager, de le transmettre aux miens. Transmettre, encore.

Un message. Clair, simple et qui semble pourtant si compliqué à entendre, si inaudible dans cette foule tumultueuse qui ne sait plus où elle va.

Je ressens encore cet appel vibrant, ce que j’ai ressenti à ce moment-là, même si j’en suis sûre, j’ai été incapable de saisir toute l’importance de cet instant. Un des derniers représentants de ceux qui se présentent comme « les gardiens de la terre », me demandait de me faire porte-parole d’un message d’une importance capitale. Mais comment faire ? Comment faire pour qu’ils soient entendus ? Comment faire pour que nous nous rendions compte des dommages irréversibles que nous causons ? N’est-il pas trop tard ? Pouvons-nous encore changer ?

Ces questions se bousculent encore dans ma tête. Je n’ai pas trouvé de réponse. Je ne sais pas, j’espère. J’espère de tout cœur qu’un jour nous, les hommes, nous nous rendrons compte que nous y arriverons tous ensemble, unis, ou que nous n’y arriverons pas. Il n’y a pas d’alternative. Malgré notre intelligence, si nous continuons sur cette voie, nous allons tout perdre. Et pire encore, nous allons nous perdre nous-mêmes. Perdre ce qui fait de nous des êtres humains, notre humanité. Nous sommes condamnés à nous partager ce monde, à vivre ensemble sur cette planète, alors nous n’aurons pas le choix, il va falloir trouver des terrains d’entente.

Je n’ai pas les réponses. Je ne sais pas comment faire, ni même si il est possible de faire quelque chose. Mais je veux y croire, parce qu’il m’est impossible de ne pas y croire. Et puis j’ai décidé delutter, de faire mon possible pour que les choses changent. De parler, de transmettre. Chacun de nous est responsable. C’est notre devoir d’essayer. Et tant pis si ça ne marche pas, mais je préfère savoir que j’ai essayé. Pour ceux qui sont déjà là, pour ceux qui arrivent. Des gens luttent partout dans le monde et je sais qu’ils sont là, qu’ils ont besoin de nous comme nous avons besoin d’eux.

Aux termes de cette discussion, j’ai vu dans le visage de mes compagnons une flamme nouvelle, une lueur. Peut-être l’ai-je rêvé, peut-être n’était-ce que le reflet de la bougie mourante sur la table. Mais je suis revenue avec une chose en plus : l’espoir.

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El regreso

Partir ça veut aussi dire revenir et là, c’est moins facile.
Un voyage c’est de l’émotion, des découvertes, des incompréhensions parfois mais aussi et surtout des rencontres.
Encore une fois, mon chemin a croisé celui de personnes extraordinaires. Quelle chance de pouvoir faire ces rencontres, de partager nos cultures, d’apprendre l’un de l’autre, de s’inspirer mutuellement, de se comprendre souvent et ne pas se comprendre parfois, et d’essayer de faire de ce monde un lieu où il fait bon vivre tous ensemble, d’où que l’on vienne, qui que l’on soit.
Ce mélange de cultures et de pensées est ce qui me plaît le plus dans le voyage. Chaque fois, j’en sors grandie, bouleversée, éblouie. Cela remet en question tout ce que à quoi je crois. Ebranle mes acquis, mes certitudes. Mais renforce toujours ma foi en l’humanité.

On ne sait jamais bien ce que l’on cherche quand on part, ni ce que l’on va trouver.
Au Mexique, j’ai trouvé une famille. Des gens extraordinaires qui m’ont accueilli comme leur fille sans même me connaître. D’une générosité incroyable et d’une gentillesse exceptionnelle. Ils m’ont donné envie d’être comme ça moi aussi et d’ouvrir mes portes à d’autres pour favoriser l’échange culturel, la rencontre. J’ai aussi appris que même en étant de pays, de cultures et de langues maternelles différentes, on peut établir une relation fusionnelle et affective forte telle celle d’un frère et d’une soeur.
J’ai trouvé des amis exceptionnels qui, eux aussi, m’ont ouvert leurs portes et m’ont aidé avec tout ce dont j’avais besoin.
A nouveau, j’ai voyagé avec des “étrangers”, qui en peu de temps sont devenus des amis. Quels points communs ont un colombien, un “gringo”, un espagnol et une française sinon celui de voyager, de découvrir, de s’amuser et de partager ?

C’est ça la magie du voyage. Les frontières s’estompent, laissant place à un sentiment commun, celui de l’amitié.
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Adiós Zacatecas !

L’aventure s’est terminée il y a maintenant plus d’une semaine a Zacatecas.
J’ai passé ces dernieres semaines avec ma famille adoptive, profitant de ces derniers moments ensemble. On est allés plusieurs fois au Ranch rendre visite a la famille venue des Etats Unis. Il y a aussi eu un évenement important : l’obtention du “Brevet des colleges” d’un des cousins. Comme toujours au Mexique, ces evenements se fetent en famille et on a donc été invités a un repas au Ranch. Le repas de fete ici, c’est le Pozole, une soupe de viande. Ne voulant pas etre mal polie, j’accepte de le gouter. L’odeur est loin d’etre agreable mais je fais un effort. Je commence donc a manger tranquillement quand tout a coup…. un oeil remonte a la surface! Entier, me regardant fixement. Je me retiens de ne pas crier et le file discretement a mon frangin qui lui n’a peur de rien. L’oeil disparaitra donc dans son estomac… Et oui, au Mexique, surtout dans les régions les plus pauvres, rien ne se perd et tout se mange. Cela peut nous paraitre répugnant mais quand on pense a toutes les parties de l’animal que jette l’industrie agro-alimentaire en France et a toutes les personnes que cela permettrait de nourrir, c’est plutot revoltant ! Malgre cela, ce jour la, j’ai du mal a finir mon repas et je suis presque persuadée de mourir dans la nuit. Finalement je survis et le pozole n’est plus qu’un mauvais souvenir.
Le travail continue et mon quotidien se poursuit tranquillement. Je travaille avec mes ados le matin, avec le monsieur l’apres midi et le soir je sors avec mes amis ou je reste a la maison avec le frero. La derniere semaine, nous avons recu la visite d’un oncle et de sa famille. Ce sont des gens avec qui j’ai tout de suite accroché, notamment avec un des enfants, Emiliano, 10 ans, qui ne voulait plus me quitter. Un soir, alors qu’on prenait le repas tous ensemble, une des tantes se met a parler d’une apparition qu’elle a eu. Voyant mon air interloqué, ma maman mexicaine me dit que cette tante a le pouvoir de voir des esprits. Ne sachant pas trop comment réagir a cette nouvelle, je lui demande de m’en dire plus et de m’expliquer ce qu’elle voit. S’en suit une discution de pres de trois heures avec toute la famille sur les fantomes, apparitions et autres phenomenes qui pour moi sont surnaturels. Au Mexique, presque tout le monde croit au fantomes et il est normal d’en parler. Le rapport a la mort est tres different et c’est sans doute cela qui provoque ce décalage avec nos sociétés occidentales, Encore une soirée riche en émotion et en enrichissement culturel et personnel. Je suis projetée dans un monde magique ou vivants et morts cohabitent dans une harmonie presque parfaite. Le Voyage c’est aussi ca, boulverser ce que l’on croit et toujours remettre en doute nos acquis. Ces gens ne sont pas fous, leurs croyances et leur culture sont simplement différentes.
Jusqu’au bout ma famille aura été parfaite.
J’ai donc fini de donner mes cours, dis au revoir a mes ados et au monsieur avec qui j’avais crée une relation tres spéciale et presque affectueuse. Le dernier jour, connaissant mes opinions politiques et mon amour pour la lecture, il m’offre un livre engagée “La pedagogia del oprimido” ou comment l’éducation des peuples pourrait changer les choses. Ce geste m’a touché plus que je ne l’admets. Quitter l’Alliance n’a pas été facile mais je sais que d’autres chemins s’ouvrent pour moi. J’ai aussi quitté Paco, mon directeur et ami.
J’ai ensuite pris la route pour Guadalajara, la deuxieme plus grande ville du pays, avec Luis. Nous avons passé 4 jours géniaux la bas et je l’ai meme fait monter a cheval. Le pauvre a du supporter deux heures de randos sous 40 degrés mais il a apprecié !
Quelques aventures quand meme : La police avait fait un barrage sur la route pour arreter des trafiquants de drogues et on s’est aussi fait arreté et fouillé pendant une heure maisn contrairement aux policiers francais, les mexicains sont sympas et on a rigolé avec eux tout le long. Ma deuxieme aventure a ‘été en arrivant a la maison. Une personne est venue nettoyé ma chambre mais l’a fermé a clefs de l’interieur. Il etait 23 heures et je devais partir a l’aeroport a 6 heures, ma valise se trouvant dans la chambre… On a finalement du démonter la porte et j’ai eu mon avion!